Andrée Chedid - Biographie

L'enfant multiple

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Sa lettre pour la jeunesse - Printemps des poètes 2003

BIOGRAPHIE:

«Je suis née au Caire, en Égypte. J'habite Paris par choix, parce que j'aime
cette ville depuis l'enfance. J'écris depuis l'âge de dix-huit ans, en
plusieurs genre : poésie, roman, théâtre. Écrire, c'est très dur, c'est de
grande fenêtres de joie…
J'écris pour essayer de dire des choses vivantes qui bouillonnent au fond de
chacun ; j'espère ainsi communiquer. Les sujets que je choisis sont en
général marqués par la tragédie et par l'espérance. Je veux garder les yeux
ouverts sur les souffrances, le malheur, la cruauté du monde ; mais aussi
sur la lumière, sur la beauté, sur tout ce qui nous aide à nous dépasser, à
mieux vivre, à parier sur l'avenir.» A. C.

Andrée Chédid est née en 1920 au Caire de parents libanais séparés. Elle est
mise en pension à l'âge de 10 ans. Elle apprend alors l'anglais aini que le
français. Elle exprime sa tendresse en mots arabes. A 14 ans Andrée Chédid
part en Europe. Elle revient ensuite au Caire pour aller dans une université
américaine. Son rêve était d'être danseuse mais elle se maria à 22 ans avec
un médecin. Elle aura d'ailleurs avec lui deux enfants : Michèle et Louis.
Son oeuvre est un questionnement ardent sur la condition humaine, les liens
qui tisse l'individu au monde. Souvent portée par une ferveur mystique, son
écriture est d'une grande sensualité pour évoquer l'Orient et ses parfums
mais se montre plus apre pour dénoncer la guerre civile qui déchire le
Liban. Elle est poète, romancière, auteur dramatique.


Andrée Chedid a ses racines ancestrales en Egypte et au Liban, mais elle est
installée en France depuis 1946. Pour y avoir vécu et fait des études, elle
connaît aussi intimement le Moyen Orient que la France et l'Occident en
général. Son œuvre entière porte les marques de ce multiculturalisme. Le
français est sa langue maternelle et sa langue d'écriture. Son tout premier
livre cependant, était rédigé en anglais, le recueil poétique On the Trails
of my Fancy (Le Caire, 1943).

Aujourd'hui elle occupe une place de choix parmi les auteurs français
contemporains. Romancière, nouvelliste, dramaturge et surtout poète (" Je
reviens toujours à la poésie, comme si c'était une source essentielle "),
ses nombreux ouvrages en prose ou en vers lui ont valu d'importants prix
littéraires, entre autres le Goncourt de la nouvelle, le Grand Prix de la
Société des Gens de Lettres, le prix Louise Labé, le Prix Mallarmé…pour ne
citer que ceux-ci.

Un récent article du Nouvel Observateur titre: " Les Chedid. Une famille en
or ", évoquant à la fois le grand talent de l'écrivaine, celui de son fils
Louis, auteur-compositeur-interprète de renom, et celui de son petit-fils
Matthieu, bien connu pour sa chanson " Je dis aime ". Or, c'est Andrée
Chedid elle-même qui a écrit les paroles de ce qui est plus qu'un " tube " à
la mode, car il est porteur d'un message émouvant et fort nécessaire dans le
monde où nous vivons. Le poème de la grand-mère mis en musique par le
petit-fils, quel superbe exemple du " pont " que l'écrivaine s'est de tout
temps attachée à établir entre les générations!

Andrée Chedid est une femme bien de notre temps ; ses écrits restent jeunes
dans le plein sens du terme. " Avancer, reprendre joie, défier l'obstacle,
peut-être le vaincre, puis aller de nouveau: tels sont nos possibles ".
Ainsi s'exprime-t-elle dans une sorte d'art poétique qui est aussi art de
vivre intitulé " Terre et Poésie " dans le recueil Visage Premier (1972).
Toujours active aujourd'hui dans le monde des lettres, elle a publié
récemment des poèmes réunis sous le titre Territoires du souffle (1999) et
un roman, Le Message (2000), tous deux aux éditions Flammarion.

Lors d'une interview, Andrée Chedid a parlé de son œuvre comme de
l'éternelle quête d'une humanité. En effet, elle poursuit une quête
incessante, et c'est dans le processus plutôt que dans l'aboutissement que
s'accomplit et se renouvelle la fraternité si bien mise en évidence dans un
recueil de1976, Fraternité de la parole. C'est là un titre éloquent qui
résume le rôle du poète dont la Parole poursuit " jusqu'au tréfonds/de la
terre et des hommes/l'unité dérobée de leur nom ". Dans les récits, ses
personnages sont pour la plupart (mais non exclusivement) des femmes.

L'auteure n'en est pas pour autant " féministe " dans le sens militant du
terme, de même que son écriture ne peut être qualifiée de " féminine ",
terme trop souvent associé à une certaine mièvrerie de convention. Identités
sexuelles et actantes sociales, les héroïnes chedidiennes s'inscrivent dans
le mouvement solidaire du monde contemporain, tout comme d'autres femmes se
sont incarnées dans la réalité d'un autre temps. C'est ainsi que même les
personnages-femmes du Moyen Orient sont généralement celles qui savent faire
" craquer la carapace " des injustices, comme le dit si bien la poète dans "
La femme des longues patiences " (Fraternité de la parole).

Dans le même ordre d'idées, Andrée Chedid ne croit pas qu'il existe une
écriture spécifiquement féminine. " J'écris depuis longtemps et je ne pars
pas de l'a priori que je suis une femme ", affirme-t-elle dans une interview
de 1982. La quête d'Andrée Chedid, à la fois chant poétique et assertion
d'une identité, se manifeste dans certains grands courants thématiques qui
traversent son œuvre globale et que j'appelle: Vision cosmique, Libération,
Energie vitale et Pouvoir de la Parole. Il va sans dire que ces subdivisions
sont établies ici seulement pour les besoins de l'analyse et ne signifient
nullement que l'œuvre se scinde en autant d'aspects particuliers. Tous
s'interpénètrent et coexistent dans chaque ouvrage, qu'il s'agisse de
poésie, de récits ou de théâtre.
Renée Laurentine - http://ecrits-vains.com

Venue très tôt à l’écriture, dès l’âge de 18 ans, Andrée Chedid publie donc
ses tout premiers poèmes chez elle, en Égypte. À l’époque elle écrit en
anglais, parce qu’elle aime beaucoup la poésie anglaise, et sous un
pseudonyme, avec une seule initiale tenant lieu de prénom.

L’aventure rappelle celle des sœurs Brontë, même si Andrée Chedid a eu
davantage le souci de demeurer anonyme plutôt que celui de masquer son sexe.
Elle s’installe par la suite à Paris, « ville fascinante », et explore les
autres genres littéraires. S’ébauche ainsi une œuvre patiente aux visages
multiples : fastueuse et indéniablement sensuelle dans ses descriptions de
l’Orient, voix intime qui aborde respectueusement les êtres, écriture
déchirée et âpre qui se moule à la dureté de la guerre civile au Liban.