| Interview De Alexandre Najjar (En francés) |
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Presentamos esta entrevista a Alexandre Najjar publicada en el sitio www.evene.fr. L’optimisme filialINTERVIEW DE ALEXANDRE NAJJAR
‘L’Ecole de la guerre’, qui a précédé ‘Le Silence du ténor’ était un besoin de témoigner au sujet de la guerre au Liban. Il était important de ne pas laisser le temps entre la rédaction du livre et la fin de la guerre pour que la nostalgie ne vienne pas transformer mes sentiments. Avec ‘Le Silence du ténor’, c’est un peu la même démarche, en ce sens que beaucoup d’écrivains attendent que leur père décède pour écrire à son propos. Pour moi ce n’était pas le cas. Ce drame a été une prise de conscience de l’attachement que j’avais pour lui. C’est donc en même temps un hommage et un besoin car ça m’a fait beaucoup de bien de raconter mon itinéraire avec lui. Je voulais que mes sentiments restent intacts. J’avais peur que l’oubli ou la nostalgie transforment les choses. Plus le livre était écrit rapidement, plus il me semblait authentique. Mais il y a une grande analogie entre ce livre et le précédent, car j’aime bien procéder par séquences. Bien que les deux sujets soient dramatiques (la maladie et la guerre), j’ai tenu à ce que ça ne soit pas des livres sombres. Il y a des moments extrêmement cocasses et absurdes. Au sujet de mon père, j’ai retardé au maximum le drame afin d’exalter les moments de drôleries, d’amour et de bonheur. Je n’ai pas voulu me laisser submerger par la tristesse pour ne pas altérer le propos du livre. En effet, vous parlez très tard de l’accident de votre père… L’essentiel pour moi, ce sont les années que j’ai vécues avec lui entre tendresse et émotion, malgré son coté strict et autoritaire. Même quand je parle du drame, il reste une lueur d’espoir qui lui ressemble. Le pessimisme aurait été une trahison, il a toujours été pour moi "un professeur d’espérance". Pour être fidèle à son enseignement et être en accord avec moi-même, je ne pouvais pas écrire un livre triste ou un peu nihiliste. Quand vous parlez d’analogie, on en rencontre une très forte entre votre père et le Liban.
Dans ce rapport au pays, vous considérez-vous comme un écrivain français ou un écrivain libanais ? Tout écrivain est le fils de son environnement. Un écrivain ne peut pas faire abstraction du pays où il est né. Khalil Gibran n’a vécu qu’une partie de son enfance au Liban, pourtant toute son oeuvre postérieure, tous ses tableaux sont le reflet du Liban. Ce n’est pas une réaction nationaliste que je défends, seulement il me paraît normal qu’un écrivain traduise par son écriture le reflet implicite de sa propre vie, de ses expériences personnelles. C’est aussi l’environnement dans lequel il a baigné dans l’enfance qui a des répercussions sur son oeuvre. C’est pourquoi je pense être un écrivain foncièrement libanais, qui a choisi d’écrire en français. Je suis tombé amoureux de cette langue. Je considère qu’il s’agit d’une liberté de l’écrivain de choisir dans quelle langue il veut exprimer ses idées et raconter des histoires. Mais je suis, avant tout, très fier de mes origines libanaises. Cet écrivain libanais qui parle de son père, a-t-il quelque chose à dire à l’universel ? Quand j’ai écrit ‘L’Ecole de la guerre’, qui a été traduit en plusieurs langues, je faisais des lectures en Allemagne et en Italie où beaucoup de gens sont venus me dire qu’ils avaient retrouvé des émotions de leur enfance durant la guerre. D’ailleurs ce livre commence par cette phrase : "Toutes les guerres se ressemblent." Pour mon dernier livre, je pense que nombreux sont ceux qui ont eu cette relation avec leur père. Surtout les pères de l’ancienne génération qui étaient très rigides et qui en même temps sentaient avec l’avènement de la nouvelle génération qu’ils étaient trop autoritaires et qu’ils devaient changer pour se rapprocher de leurs enfants. Votre père est autoritaire et strict et pourtant vous semblez ne jamais le lui reprocher. Comment accepter une telle rigidité ?
Vous ne semblez pas avoir vécu la fêlure de l’adolescence où l’on découvre que son père n’est pas le dieu omnipotent et omniscient que l’on s’imaginait. Le seul moment où apparaît cette fragilité du père semble postérieur à la maladie… C’est vrai. Bien après l’adolescence, il a préservé cette figure emblématique qui inspirait une profonde admiration et un profond respect. Dans le livre, je ne le cite pas car, inconsciemment, je ne l’ai jamais appelé par son nom, je le vouvoie même. Cela montre qu’il y a une distance, mais, parallèlement, une grande tendresse qui se manifeste. Je pense avoir été honnête en le décrivant. Votre écriture semble adolescente jusqu’au moment de l’accident où elle devient plus sérieuse et plus mature.
Le ténor aime beaucoup la France ? Toute sa génération, à travers les jésuites, a entretenu une image d’une France positive, cultivée et protectrice. Encore aujourd’hui, les Libanais sont heureux de l’implication effective de la France dans ce conflit dramatique. Le contraire nous aurait beaucoup choqués, en ce sens qu’il y a un devoir presque morale de la France vis-à-vis du Liban. Je pense d’ailleurs que l’une des clés du dialogue entre Orient et Occident peut être précisément le lien très fort entre la France et le Liban. Comment vivez-vous la situation actuelle du Liban ? Comme un grand choc. On croyait après 16 ans de guerre que la paix était enfin revenue. Le départ de la Syrie a été un grand espoir. Malheureusement, après l’euphorie de la victoire, il y a eu la provocation du Hezbollah, non désirée par les Libanais. Seulement, la réaction d’Israël a été particulièrement violente et préjudiciable à tous. Maintenant la seule conséquence positive, même s’il n’y a jamais de conséquence positive à la guerre, c’est la mise en place de l’armée libanaise au Liban sud. L’erreur d’Israël est de ne pas mettre en corrélation le problème du Hezbollah et du Moyen-Orient. Il faut avant tout reprendre la feuille de route du plan Clinton et trouver une solution réelle. Je reste optimiste à court terme, je ne crois pas à une rupture de la trêve. Mais en même temps je reste sceptique sur la volonté réelle des Américains à vouloir imposer une paix solide et durable dans cette région. Toute la planète est fatiguée de ce conflit long et meurtrier. Quel rôle peut jouer l’écrivain face à la guerre ?
Quels sont vos projets ? Je suis avocat à Beyrouth. J’ai aussi initié une nouvelle version d’un journal, L’Orient littéraire. C’est un supplément de L’Orient le jour, qui est le seul quotidien francophone au Liban et qui a pour vocation d’être un trait d’union entre les cultures tout en mettant en valeur la littérature orientale, malheureusement peu connue. Il y a aussi la volonté de défendre certaines valeurs de liberté et d’expression contre la censure. Un mot pour définir votre père ? Espoir. Et, un mot pour définir le Liban ? Espoir. |
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