Nadia Tuèni

 

Nadia Tuèni fue una gran poetisa libanesa

Nadia Hamadè Tuéni  nació  en Baakline, Lìbano, el 8 de julio de 1938. Su  madre era  francesa y  su padre un escritor libanés  druso. La poetisa es hija y ferviente defensora  de  esa  intersección de dos culturas , de Oriente y Occidente que tanto han singularizado al Líbano, su madre patria.   Interrumpió  sus estudios de derecho para casarse con el reconocido  periodista, escritor y hombre de Estado libanés Ghassan Tuéni. Su primer obra  “ Les Textes blondes” aparece en 1963  y  es producto del drama personal que vive la escritora cuya hija Nayla nacida en el año 1955 muere de cáncer a los 7 años de edad.. Desde 1965 la  misma cruel enfermedad afecta a Nadia, que a pesar de dicho mal, publica numerosas obras y desde 1967 contribuye como crítica literaria del cotidiano libanés en lengua francesa “ Le Jour.” En 1976 le fue otorgado el Premio de la Orden de la Pleíade y de la Francofonía y el dìálogo entre culturas. Fallece en junio de 1983. Acompañamos a continuación los títulos de su importante producción literaria (en lengua francesa) y  dos hermoso poemas “ Mon pays “ ( Mi paìs) y  “Beyrouth” (Beirut)  que forma parte de su libro Liban: 20 poemas por un amor  Les textes blonds
- L'âge d'écume
- Juin et les mécréantes
- Poèmes pour une Histoire
- Le rêveur de terre ainsi quele premier rêveur de terre
- La terre arrêtée
- Les poèmes retrouvés
- Lubnân : 20 qasîdah min ajl hubb ; traduit en arabe par `Abduh Wâzin ; dessins d'Amîne al-Bâchâ ; Lubnân ; Dâr al-Nahâr ; 1987 ; illistrations ; 69 p. ; 19 cm.
- Liban : 20 poèmes pour un amour
; dessins de Amoine El-Bâchâ ; Beyrouth ; 1979 ; illustrations ; 92 p. ; 23 cm.
- Mahfûzât `âtifîyya li-harb fî Lubnân (Archives sentimentales d'une guerre au Liban) ; traduction May Mansî, Nadá al-Hâjj ; Bayrût : Dâr al-Nahâr lil-Nashr ; 1983 ; 75 p. ; 25 cm.
                         MON PAYS

Mon pays longiligne a des bras de prophète.
Mon pays que limitent la haine et le soleil.
Mon pays où la mer a des pièges d'orfèvre,
que l'on dit villes sous marines,
que l'on dit miracle ou jardin.
Mon pays où la vie est un pays lointain.
Mon pays est mémoire
d'hommes durs comme la faim,
et de guerres plus anciennes
que les eaux du jourdain.
Mon pays qui s'éveille,
projette son visage sur le blanc de la terre.
Mon pays vulnérable est un oiseau de lune.
Mon pays empalé sur le fer des consciences.
Mon pays en couleurs est un grand cerf-volant.
Mon pays où le vent est un noeud de vipères.
Mon pays qui d'un trait refait le paysage.

Mon pays qui s'habille d'uniformes et de gestes,
qui accuse une fleur coupable d'être fleur.
Mon pays au regard de prière et de doute.
Mon pays où l'on meurt quand on a de temps.
Mon pays où la loi est un soldat de plomb.
Mon pays qui me dit : "prenez-moi au sérieux",
mais qui tourne et s'affole comme un pigeon blessé.
Mon pays difficile tel un très long poème.
Mon pays bien plus doux que l'épaule qu'on aime.
Mon pays qui ressemble à un livre d'enfant,
où le canon dérange la belle-au-bois-dormant.

Mon pays de montagnes que chaque bruit étonne.
Mon pays qui ne dure que parce qu'il faut durer.
Mon pays pays tu ressembles aux étoiles filantes, 
qui traversent la nuit sans jamais prévenir.
Mon pays mon visage,
la haine et puis l'amour
naissent à la façon dont on se tend la main.
Mon pays que ta pierre soit une éternité.
Mon pays mais ton ciel est un espace vide.

Mon pays que le chois ronge comme une attente.
Mon pays que l'on perd un jour sur le chemin.
Mon pays qui se casse comme un morceau de vague.
Mon pays où l'été est un hiver certain.
Mon pays qui voyage entre rêve et matin.
                        BEYROUTHQu'elle soit courtisane, érudite, ou dévote,
péninsule des bruits, des couleurs, et de l'or,
ville marchande et rose, voguant comme une flotte,
qui cherche à l'horizon la tendresse d'un port,
elle est mille fois morte, mille fois revécue.
Beyrouth des cents palais, et Béryte des pierres,
où l'on vient de partout ériger ces statues,
qui font prier les hommes, et font hurler les guerres.
Ses femmes aux yeux de plages qui s'allument la nuit,
et ses mendiants semblables à d'anciennes pythies.
A Beyrouth chaque idée habite une maison.
A Beyrouth chaque mot est une ostentation.
A Beyrouth l'on décharge pensées et caravanes,
flibustiers de l'esprit, prêtresses ou bien sultanes.
Qu'elle soit religieuse, ou qu'elle soit sorcière,
ou qu'elle soit les deux, ou qu'elle soit charnière,
du portail de la mer ou des grilles du levant,
qu'elle soit adorée ou qu'elle soit maudite,
qu'elle. soit sanguinaire, ou qu'elle soit d'eau bénite,
qu'elle soit innocente, ou qu'elle soit meurtrière,
en étant phénicienne, arabe, ou roturière,
en étant levantine aux multiples vertiges,
comme ces fleurs étranges fragiles sur leurs tiges,
Beyrouth est en orient le dernier sanctuaire,
où l'homme peut toujours s'habiller de lumière.
  

Promenade

Montagne ô bête magnifique,
nos racines dans ta crinière,
 
quatre saisons bien algébriques,
un cèdre bleu pour l'inventaire.
Lisse et royale la mer sans âge,
le vent doux comme un sacrement,
Dieu a troqué ses équipages
contre les cimes du Liban.
 
Montagnes ô Montagnes,
laissez-moi vous aimer
comme ceux qui n'ont pas d'âge sûr;
come on égrène un chapelet
de légendes et de murmures.
Laissez-moi vous aimer,
à genoux comme le paysan et sa terre.
Doucement la lune sur le soir de vos chevelures.
Laissez-moi vous bercer
dans les muscles du vent chaud.
Alors la vaste paix,
mobile comme un scherzo.
IL FUT UN LIBAN DES JARDINS,
COMME IL EST UNE SAISON DOUCE.